MON ENFANCE AU KURDISTAN
(Minaletim le kurdistan)
Mahmut Baksi
Editeur : L’Harmattan
Pages : 82
Dans notre village, les enfants devaient apprendre très tôt à se défendre contre les dangers de la nature. Les adultes, nos parents et grands-parents, faisaient ce qu'ils pouvaient pour nous transmettre un peu de leur expérience de la vie et de leur connaissance des secrets de la nature. Cela s'était toujours passé ainsi dans notre village ; je n'avais que six ans, mais je savais déjà que j'étais différent des autres enfants, plus pauvres.
En l’absence d’un accord sur les sanctions dites « intelligentes » contre l’Irak, le Conseil de sécurité des Nations unies a prolongé, début juillet, pour cinq mois, l’accord « pétrole contre nourriture » dont profite le territoire kurde d’Irak sous protection militaire internationale. Les Etats-Unis tentent de répondre aux critiques que suscite le maintien d’un embargo qui frappe bien plus la population irakienne que le régime. Mais comment mobiliser les voisins de Bagdad contre le président Saddam Hussein alors que l’opinion arabe est ulcérée par l’occupation israélienne en Palestine ? Il y a dix ans, les puissances occidentales, s’appuyant sur la résolution 688 du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’ingérence humanitaire, adoptée en avril 1991 à l’initiative de la France, décidaient de créer une « zone de protection » afin de permettre aux quelque deux millions de Kurdes ayant fui vers l’Iran et la Turquie, en raison de l’offensive massive des troupes irakiennes, de regagner leurs foyers. La protection de ce territoire d’environ 40 000 km2, peuplé de 3,5 millions de Kurdes, est assurée par une force aérienne multinationale, basée en Turquie, incluant jusqu’en décembre 1995 une escadrille française....

Le chant kurde traditionnel est une pure émotion. Une émotion sublimée par les arabesques enivrantes d’une voix soutenue par les rythmes orageux du daf et les mélodies du setar.
Shahram Nazeri est l’un des plus grands maîtres iraniens de ce style et l’incarnation de la modernité au sein de cette tradition savante. « Le rossignol persan » est né en 1950 à Kermânshâh, grande ville du Kurdistan iranien. Son père chanteur l’initie très tôt aux récitations des poèmes du grand Djalâl-Dîn Rûmî.
A 21 ans, il part se perfectionner à l’Ecole Supérieure de Musique de Téhéran et en 1975 gagne le premier prix de chant au plus prestigieux concours de musiques traditionnelles du pays. Sa carrière internationale est lancée, il fait le tour des festivals pour présenter ses compositions soufies et après avoir constitué une discographie fournie dans son pays, les premiers disques de Shahram Nazeri sortent en Occident.
« Shahram Nazeri et l’ensemble Dastan » est publié en 2001 par le label Long Distance, l’Europe découvre alors un artiste résolument moderne et sans concessions. Ce grand maître représente la perfection et la beauté d’une culture iranienne encore méconnue.
écouter Radio de Shahram Nazeri
Reportage : Shahram Nazeri au Théâtre de la Ville à Paris (FR).
Le 13 juillet 1989, Abdoul Rahman Ghassemlou, Kurde Iranien, opposant au régime de la République islamique, était tué de deux balles dans la tête avec deux de ses camarades dans un appartement de Vienne. Ghassemlou dirigeait le “Parti démocratique du Kurdistan d’Iran” (PDKI). Depuis dix ans une guerre opposait l‘armée de Téhéran aux “pechmergas” (combattants kurdes).
Après une première série de contacts en décembre 1988 et janvier 1989, Ghassemlou venait de renouer avec des émissaires iraniens, dont l’un, Mohammed Jaffar Sahraroudi, chef adjoint des renseignements (extérieurs) des gardiens de la révolution au Kurdistan iranien, sera blessé lors de la fusillade. La police autrichienne le laissa quitter l’hôpital où il avait été soigné, puis se réfugier à l’ambassade d’Iran et quitter le territoire autrichien le 22 juillet. Un autre Iranien, un certain Bouzourgian, garde du corps, retenu un temps dans les locaux de la police, puis visé par un mandat d’arrêt finalement levé, a pu lui aussi regagner Téhéran. Le troisième homme, Haji Moustafavi Lajeverdi, chef des services secrets (intérieurs) au Kurdistan, put quitter librement l’Autriche.
Un document exceptionnel
Ces entretiens entre les envoyés de Téhéran et les chefs kurdes avaient été enregistrés par les participants: après avoir été conservées par la police autrichienne, les cassettes de Ghassemlou ont été remises au PDKI: c’est Abdoulla Hassan Zadé, secrétaire général du PDKI, qui nous a personnellement permis de les écouter. C’est un document exceptionnel: jamais sans doute Abdoul Rahman Ghassemlou n'avait exposé avec un tel souci pédagogique sa conception de l'autonomie pour le Kurdistan iranien. Les questions et les réponses de ses interlocuteurs iraniens, assurés, croyaient-ils, que leurs propos ne seraient jamais divulgués, éclairent de façon révélatrice la psychologie et les catégories mentales des responsables de la République islamique d'Iran, qui oscillent entre des références à des concepts politiques modernes et... au califat d'Ali.
Les assassins de Ghassemlou et de ses amis kurdes ont-ils résolu de le supprimer après avoir entendu ses déclarations? Ou étaient-ils déterminés à le tuer avant le début de ces discussions?. Seul leur procès apporterait une réponse à ces questions. La lecture de ce document exceptionnel permet d'avancer le scénario suivant: les autorités iraniennes, sachant que le mouvement de Ghassemlou avait été très affaibli par les coups de l'armée iranienne et par une nouvelle scission (1988), et connaissant son désir d'arriver à une solution négociée, ont peut-être espéré qu'il se contenterait d'une demie-mesure: la légalisation de son parti. Mais Ghassemlou s'obstinant à demander la proclamation solennelle de l'autonomie du Kurdistan par les nouveaux dirigeants iraniens (Khomeiny est mort le 4 juin 1989), les émissaires de Téhéran ont contacté leurs responsables, le soir du 12 juillet 1989, après la première rencontre: l'ordre est alors tombé: "abattez-le".
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